Ça ne tourne pas rond à Anvers

Logo Le Soir le 1 juillet 2009 - Catherine Makereel

Zomer van Antwerpen fera tourner les têtes avec le Manège carré de Delarozière inventeur des créatures géantes du Royal de Luxe.

Il a une imagination de géant. Littéralement.  Avec lui c’est douze mètres de haut ou rien. Souvenez-vous de sont Éléphant, haut comme quatre étages, qui crachait de l’eau aux passants et urinait sur  le bitume, actionné par une armé de Lilliputiens aux manettes situées entre ses pattes. Ou encore sa Petite géante, marionnette monumentale qui touchait presque les toits.

Ces créatures hors normes, conçues pour le Royal de Luxe, c’était déjà lui. Aujourd’hui, François Delarozière a donné vie à un autre de ses rêves d’enfant : le Manège Carré Sénart à chevaucher dès le 7 juillet au Zomer van Antwerpen.

Attention ce manège géant — 14 mètres de large, 18 mètres de haut et plus de 50 tonnes à monter — n’est pas fait que pour les enfants. Les grands comme les petits sont invités à monter sur le dos d’un buffle, sur la t^te d’un poisson fossile ou sur les ailes de fourmis volantes dont ils actionnent eux-même les pattes, la tête ou les antennes, c’est selon.

Je conçoit toujours un objet selon un lieu, précise le concepteur. Ce manège est une commande qui m’a été faite dans le cadre de la construction de la ville nouvelle de Sénart en France. Après une tournée dans toute l’Europe, le Manège sera résident sur la place du Carré Sénart, d’où son nom et sa forme. Chaque fois que je dois rêver un objet pour un lieu, je vais m’y promener et je créé en fonction de ce que j’y ressens. À Sénart, j’ai trouvé des champs, ce qui m’a inspiré les buffles, les insectes et les autres.

Le manège le plus grand du monde

Si ce manège — le plus grand du monde — est carré, il n’en tourne pas moins sur lui-même, avec quelques subtilités en plus : la marche des buffles croise la ronde des insectes, et en sens inverse – « le but était que les familles se croisent » – tandis que les cigales et les fourmis volantes grimpent le long de quatre mâts, avec à son bord des spectateurs bien cramponnés. Le tout sur une musique originale, qu’on appellera ici la Rumba des doryphores

Si cet inventeur fou accouche de créatures géantes, il tient néanmoins à leur rendre une taille humaine dans l’utilisation des matières et le mode de fonctionnement.

Je cherche toujours à retrouver une part d’humanité ! C’est pourquoi on utilise des matériaux nobles comme le bois, le cuir, les cordes. Ici, ce sont les spectateurs qui qctionnent les animaux. Aujourd’hui, on automatise tout, mais un robot n’a rien d’émouvant en soi. Dans un spectacle comme celui du Géant, ce qui est émouvant, ce sont les quarante personnes qui suent, qui hurlent autour de la machine.

Mais au fond pourquoi voir toujours si grand ?

Les objets que je crée sont en rapport avec la ville et son architecture. Ils doivent pouvoir réaliser avec le paysage urbain, voire le modifier. J’aime aussi l’idée qu’il puisse être vu du plus grand nombre gratuitement. J’aime prendre les gens par surprise mais par-dessus tout, il y a dans cet aspect monumental une volonté de transformer l’adulte en enfant. Devant un éléphant gigantesque, l’adulte redevient un enfant de trois ans qui regarde le monde. Il perd ses repères et redevient émerveillable.

Cette capacité de rêver, François Delarozière ne l’a jamais égarée. Ses fantasmes aujourd’hui, il les construit. À six ans déjà, il passait son temps à dessiner. Des chevaux d’abord. Des créatures fantastique plus tard. Après les Beaux-Arts et un travail de décorateur de théâtre, ce marseillais d’origine toulousaine d’adoption rencontre le Royal de Luxe avec qui il créera les machines les folles. À présent, celui qui se définit plutôt comme plasticien que comme ingénieur, se consacre à sa compagnie La Machine, et croque – inlassablement – ses créatures, entre modernité et mondes fabuleux.

À l’instar d’un utopiste

Si je suis utopiste, c’est dans le sens de quelqu’un qui aime créer des machines qui ne servent à rien, si ce n’est à rêver, créer de l’émotion. Un état d’esprit qui n’est pas tellement pris en compte dans nos sociétés actuelles.

Pourtant ses rêves font le tour du monde : sa Symphonie mécanique, avec ses pastissophone, groovagaz ou xylo à coudre, s’apprête à tourner en France tandis que des Mécaniques savantes, dont une araignée géante, reviennent du Japon.

C’est sûr, son Manège insolite ne sera pas dépaysé au Zomer d’Anvers qui risque, pendant deux mois, de faire des vagues sur l’Escaut avec ses artistes singuliers : le colosse et la petite elfe de cirque finlandais Aïtal, le très contemporain Cirque de Bambou du Vietnam ou encore les acrobaties en transe des chiliens de Un horizonte cuadrado. Et pour vous remettre de tant de curiosités, le Zomer a commandé ses annuels kilos de sable, déversés sur les quais pour savourer films en plein air, barbecues, musique et coucher de soleil. L’Escaut sera exotique cet été !

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Propos recueillis pas Catherine Makereel paru le 01 juillet 2009 dans le supplément Mad du journal Le soir

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